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young redhead in an evening dress
Modigliani, young redhead in an evening dress (1918)
lâcher prisemémoire à l'envers

un levier pour archimède

A côté d'une instabilité presque constitutive, il y a chez moi, comme par symétrie, un puissant désir de comprendre qui n'a jamais failli depuis mon enfance. Il me propulse dans la vie, il m'anime. D'une certaine manière, il me sauve. Si chaque psyché tourne autour d'un objet, le mien est assurément celui de la découverte, cette petite jubilation quand tout devient clair, que des éléments sans lien apparent s'agencent tels les pièces d'un puzzle et se révèlent en un message dont la signification dépasse ce qui nous était donné de saisir l'instant d'avant. Ces dernières années, ce moteur contraire au facile, au prévisible, au déjà-vu, m'a conduit à étudier bien des domaines, à enrichir mes connaissances, également mes manières de penser. Au fil des découvertes, j'ai néanmoins remarqué que ces montagnes de savoir, avec leurs écoles, leurs pontes, leurs concepts, avaient une fâcheuse tendance à éviter certaines questions, justement les seules à mes yeux dignes d'intérêt, je veux parler de celles sur le sens de ce monde. Sans même prendre le temps de poser clairement le problème, elles bottent en touche comme si le sujet leur brûlait les doigts. Ce rejet aussi unanime qu'incompréhensible a influencé ma propre attitude. A force d'écumer les filières en essuyant des fins de non-recevoir, tout ce qui relevait de systèmes, de discours, de mots, m'est apparu artificiel, à côté de la plaque, sonnant faux. Une bonne partie de la réalité s'est mise à tomber en déliquescence lors d'un processus intériorisé que j'ai nommé détachement, sorte de roue de secours psychique, de refuge face au mutisme qui eut au moins le mérite de trouver d'étonnantes solutions pour alléger mon quotidien. Jusqu'à récemment, je pensais que ce cheminement déboucherait sur une paix intérieure, une sagesse minimaliste, un équilibre tournant autour de l'idée du rien. Mais ce n'est pas là où je suis arrivé. Le processus a lentement mis à jour un niveau zéro, un sol à la connaissance sur lequel je peux désormais prendre appui en toute confiance. On pourrait le nommer conscience, je préfère parler de présence. Il y a dans l'être un saut, d'un univers à un autre, de la nature au regard porté sur elle, aussi infranchissable que les questions qui m'habitent. Une singularité dont j'ai compris qu'il ne fallait pas chercher à en percer le mystère mais au contraire à le préserver précieusement comme la pièce maîtresse autour de laquelle le reste pourrait s'organiser.
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