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Eugène Manet et sa fille Julie dans le jardin
Morisot, Eugène Manet et sa fille Julie dans le jardin (1883)
un levier pour archimèdetuyauterie mentale

mémoire à l'envers

Je peux revisiter mon passé avec une précision remarquable des lieux comme si je venais de les quitter, même ceux de mon enfance ou ceux que je n'ai vus qu'une seule fois il y a longtemps. Je pense que ce don s'explique par une préhension particulière du réel, une activité permanente de composition qui transforme l'observation visuelle en un monologue en deçà du langage, une symphonie intérieure, un vécu émotionnel. Ce ne sont pas les choses que je retiens mais les effets qu'elles provoquent sur moi. Il m'arrive même de rester de longues heures comme désengagé du réel, bercé par un présent en tout point insignifiant mais que j'apprécie comme s'il s'agissait déjà d'un lointain souvenir. Ce procédé a cependant un revers : Il ne s'arrête jamais. Si je m'étais au début figuré écrire pour organiser mes pensées, je me rends compte aujourd'hui qu'il s'agit avant tout d'entreprendre ce que ma conscience ne sait faire d'elle-même : Oublier. Chaque texte est une peau dont je me sépare, un petit meurtre par les mots m'appelant toujours quelques pages plus loin, là où les pensées virevoltent encore. A l'image de la photographie qui fige le réel, l'écriture est un acte de mort. Et en ce sens, elle appelle la vie. Comme l'on prend un bain, j'écris pour nettoyer mon esprit, en enlever les scories, m'assurer d'être sans cesse un peu différent de la veille, pouvoir à nouveau être touché par les choses. L'écriture est le meilleur moyen que j'ai trouvé de vivre.
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