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femme lisant
Boston School, femme lisant (1900)
un monde enchantéun levier pour archimède

lâcher prise

Rassurez-vous, la mort n'est pas cette fin brutale que certains redoutent tant. C'est un processus qui vous accompagne déjà, se déployant en vous le plus naturellement du monde. Au début, il se traduit par un peu moins de dynamisme, d'enthousiasme, de plasticité, un premier repli, on devient visible, on trouve une routine, de petites habitudes, on rétrécit doucement, le chemin se trace, l'imprévu est moins souhaité, moins souhaitable, la pensée suit ses schémas, mêmes souvenirs, mêmes mots, le rhumatisme cérébral s'installe, l'oubli se systématise, l'être se perd derrière lui-même, chaque jour identique à la veille, à petits pas, cette flamme encore dans l'oeil mais presque déjà hors du temps. Pas de quoi s'affoler donc, en tout cas pas plus que ces petits ratages du quotidien, un sourire que l'on n'a pas fait, une attention manquée, une incompréhension passagère, ces petites occasions de vie que l'on n'a pas su saisir. Il ne reste que la question du lieu. Peut-être à l'hôpital, un bon syndrome de glissement, ou comme les maîtres zen qui se font mourir en pleine méditation, ou encore à la manière des vieux chefs indiens, en partant dans la forêt. L'espoir d'éviter une longue agonie, d'être plus ou moins lucide jusqu'au bout mais dans le fond, peu importe : Je meurs un peu chaque jour. Même ici, sur ce banc. Pas très loin, il y a des enfants, leurs voix s'enchevêtrent comme des gazouillis, le ciel est dégagé, l'air sur ma joue, le parc presque déserte. Je décolle mon dos, me balance de gauche à droite, de droite à gauche, puis reviens à la verticale, les mains bien à plat, les pieds aussi, la respiration se pose, mes pensées, ce vert, les bruits, les yeux ouverts mais je ne vois rien, un court instant, une heure, je ne sais pas, il y a un hautbois, une traversière, puis se tait, je me fonds en continu et enfin, me disperse.
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