enregistrerfermerprécédentsuivant
zoom
Ceres et Cupidon
Hans Von Aachen, Ceres et Cupidon (1600)
les faux prophètesla loi du plus fort

résilience tardive

J'eus trente ans un dimanche de printemps, un de ces jours sans chaud ni froid, ni voiture, ni bruit, tout était si blanc, la cuisine si vide, les coudes, la table, un verre d'eau, c'était tout, c'était suffisant, je l'inclinais lentement, le faisant tourner sur lui-même, regardant son niveau suivre mon caprice, du tac au tac à l'horizontal, sans polémique ni tergiversation, un calme absolu, la nature imperturbable, le grand silence, ce fut le déclic, la vision, tout le reste n'était que rajouts, effets secondaires de mécanismes dans le fond inutiles, contrecoups d'une conscience qui se cherche engendrant ses propres démons, rien de plus, riches pauvres jeunes vieux, tous autour de moi sur leurs chevaux de bataille, il faut moudre, trouver un équilibre, ressembler à quelque chose, faire ses choix, chacun ses goûts, ses colères, ses peines, être quelqu'un. Mais dans mon cas, le rôle était trop évident, ou peut-être impossible, la voie toute tracée, l'excuse tellement facile, je l'ai rejetée, une sorte de chômage, ma psyché mise à nu, comme d'autres rendent leurs tabliers, sans mystère ni grandiose, à nu vous dis-je, sans plaisir non plus, toute jouissance est artificielle, simple question de décharge et de cortex, me gommant patiemment, les lèvres closes, ni règle ni contrôle, un dégagement sans fard, une tentative, un début, une pulsation, debout assis couché, aussi horizontal que le verre, aussi innommable que moi-même, aussi humain que possible.
ce site rassemble quelques textes de jeunesse d'Olivier Pibarot - tous droits réservés