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les Enfants Calmady
Sir Thomas Lawrence, les Enfants Calmady (1824)
inconnunaissance

mémoire sélective

J'ai la plus grande difficulté à mémoriser les visages et les mots, précisément les deux familles d'objets pour lesquelles l'homme dispose de mécanismes spécifiques lui permettant de différencier et de se souvenir de plusieurs milliers d'éléments physiquement très proches. Et je vous l'assure, rien n'est plus inconfortable que de ne pas reconnaître la personne avec qui vous avez rendez-vous ou de mélanger les syllabes d'un mot des plus usuels au milieu de votre allocution. En ce qui concerne le langage, j'ai longtemps attribué mes difficultés à la fameuse méthode globale dont je fus l'un des cobayes avant de comprendre qu'il s'agissait d'un problème cognitif plus profond (une forme de dyslexie). Pour les visages, je pensais que mes oublis traduisaient un manque d'attention à l'autre, une sorte d'égoïsme. Aujourd'hui, j'entrevois une autre explication à ces deux faiblesses. Je rapproche ma vie entière d'un grand combat contre les mots, pour ce qu'ils représentent d'abstrait, de conceptuel, de réducteur. De même, l'image de l'autre, celle qui se fixe dans notre mémoire, va à l'encontre de ce que j'en attends, justement qu'il soit autre que mes attentes, mes anticipations, ma représentation, qu'il ne puisse pas se fixer en moi, que son souvenir soit avant tout marqué par l'inachèvement.
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