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portrait de Louise-Delphine Duchosal
Hodler, portrait de Louise-Delphine Duchosal (1885)
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piano

Jouer du piano ne se décide pas vraiment. Je m'y rends les bras ballants, l'esprit absorbé par les craquements du plancher, un rayon de soleil, l'odeur du vernis. Le premier contact est toujours délicat, un simple effleurement avec la pulpe des doigts. Puis, j'enfonce la pédale "forte" jusqu'à ce qu'elle bute en fin de course. Le choc fait résonner les cordes de manière saisissante, comme une profonde respiration. Dans les harmoniques qui se perdent, je coule les premières notes. La suite relève plus de l'expérience que de l'expression. J'écoute ce qui se passe, j'essaie des rythmes bizarres, j'opère des variations, je tente des reprises inattendues. Pas d'interprétation brillante pleine d'assurance et de grandes émotions. Juste l'exposé musical d'une tranche de vie mise à nue. Voilà pourquoi je ne peux jouer que s'il n'y a personne.
Beethoven, sonate n°32, arietta
par Glenn Gould, 1956
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